Idées de sorties

Halloween à Paris : les vraies histoires qui font peur

Trois crânes pris dans un mur d'ossements de l'ossuaire des Catacombes de Paris

Chaque année, fin octobre, Paris se couvre de citrouilles en plastique et de toiles d’araignée synthétiques. C’est charmant, et c’est un peu dommage : aucune ville d’Europe n’a moins besoin d’accessoires. Paris possède un ossuaire de six millions de morts, l’emplacement du plus grand gibet de France et une place où l’on a exécuté pendant six siècles. Tout ce qui suit est vrai, daté et sourcé, et c’est précisément pour cela que ça fait peur.

Pour un Halloween qui ne triche pas à Paris : descendre aux Catacombes (réservation en ligne indispensable fin octobre, comptez une heure sous terre), chercher la plaque du gibet de Montfaucon près de la place du Colonel-Fabien, traverser la place de l’Hôtel-de-Ville en sachant ce qu’elle fut, et relire l’histoire de la Peste noire loin des masques de carnaval. Halloween tombe un samedi cette année : réservez tôt.

Six millions de Parisiens sous vos pieds

Tout commence par une catastrophe très concrète. En 1780, une paroi du cimetière des Innocents, saturé par des siècles d’inhumations en plein cœur de Paris, cède sous la poussée des fosses : des caves de la rue de la Lingerie se remplissent de cadavres. Le cimetière est fermé en décembre 1780, puis définitivement supprimé. À partir de 1786, les ossements sont exhumés et transportés de nuit, par convois de tombereaux accompagnés de prêtres, vers d’anciennes carrières de la rive gauche aménagées pour les recevoir : les Catacombes étaient nées. L’exhumation, peinte vers 1787, est conservée au musée Carnavalet.

Scène nocturne des travaux au cimetière des Innocents vers 1787, foule, feux et charrettes devant l'église, dessin d'époque du musée Carnavalet

Les Innocents vers 1787, dessin d’époque : les transferts d’ossements se faisaient de nuit, à la torche.

Aujourd’hui, l’ossuaire des Catacombes aligne les restes d’environ six millions de Parisiens à vingt mètres sous la rue. C’est la sortie d’Halloween par excellence, et tout le monde le sait : les créneaux de fin octobre partent très vite, la réservation en ligne est indispensable. Pour le contexte complet du monde d’en dessous, notre article sur le Paris souterrain fait le tour du propriétaire.

Montfaucon : le gibet qui pendait son propre architecte

Le gibet de Montfaucon et ses seize piliers garnis de pendus, dessin d'après le plan dit de la tapisserie, musée Carnavalet

Le gibet d’après un plan du XVIᵉ siècle : seize piliers de pierre, et les corps laissés aux vents.

Au nord-est de Paris, sur une butte qui dominait la route de Meaux, se dressait le plus sinistre monument du royaume : le gibet de Montfaucon, monumentalisé en pierre au début du XIVᵉ siècle sous Philippe le Bel. Seize piliers reliés de traverses, où l’on pouvait pendre des dizaines de condamnés à la fois, et où les corps restaient exposés jusqu’à tomber en poussière, en avertissement pour tous ceux qui entraient dans Paris. L’histoire a le sens du détail : Enguerrand de Marigny, l’homme qui avait fait bâtir l’édifice de pierre, y fut lui-même pendu en 1315, disgrâce royale oblige. Le gibet ne fut démoli qu’à la Révolution. Aujourd’hui, à l’angle des rues de la Grange-aux-Belles et des Écluses-Saint-Martin, près de la place du Colonel-Fabien, seule une plaque le rappelle : les immeubles ont tout recouvert.

La place de Grève, si paisible en apparence

La plus belle frayeur de Paris est peut-être la plus discrète : la place de l’Hôtel-de-Ville, où les touristes photographient la façade et les fontaines, fut pendant six siècles la place de Grève, le lieu des exécutions publiques de Paris. Potence, bûcher, roue et échafaud s’y sont succédé jusqu’au XIXᵉ siècle ; nous avons raconté cette histoire, et ce qu’elle a laissé dans la langue française, dans notre article sur l’expression « faire grève ». C’est d’ailleurs une étrange expérience que de se tenir sur cette place un soir d’octobre en sachant cela ; ceux qui font avec nous le voyage dans le temps des Origines de Paris la voient revivre en version médiévale à travers les Jumelles, tavernes et étals compris, et repartent en regardant le sol autrement.

La Peste noire, sans le masque

En 1348, la Peste noire entre dans Paris et y fait des ravages que les chroniqueurs peinent à chiffrer. Voilà la vraie terreur du Moyen Âge, et elle n’avait pas de costume : le fameux médecin au masque de corbeau, star des boutiques d’Halloween, est une invention du XVIIᵉ siècle, trois cents ans après la Grande Peste. C’est même l’exemple que nous utilisons dans notre décryptage sur l’IA et l’Histoire pour montrer comme les images d’épouvante voyagent mal dans le temps. Frissonner, oui ; se tromper de siècle, non.

Le soir du 31 octobre, concrètement

Halloween 2026 tombe un samedi, en toute fin des vacances de la Toussaint. Le programme qui ne triche pas : les Catacombes si vous avez réservé à temps, la place de Grève et l’île de la Cité à la nuit tombée pour marcher dans les histoires vraies, et pour les enfants, les citrouilles calibrées du Jardin d’Acclimatation dont parle notre guide de la Toussaint. Un conseil de calendrier : réservez les Catacombes dès maintenant, pas la veille.

Les questions d’Halloween

Les Catacombes font-elles vraiment peur ? Elles impressionnent plus qu’elles n’effraient : 131 marches à descendre, 14 degrés constants, une heure de visite à vingt mètres sous terre parmi les ossements de six millions de Parisiens. Le site officiel déconseille la visite aux claustrophobes et aux personnes cardiaques, et les moins de 14 ans doivent être accompagnés ; pour les autres, c’est l’un des lieux les plus saisissants d’Europe.

Où fêter Halloween à Paris avec des enfants ? Le Jardin d’Acclimatation se met chaque automne aux couleurs de la fête, et les histoires vraies de cet article se racontent très bien en marchant, à hauteur d’enfant, sans image choquante : une plaque, une place, un nom de rue.

Paris a-t-elle des lieux hantés ? Paris a mieux : des lieux dont l’histoire documentée dépasse toutes les légendes. Un ossuaire né d’un cimetière qui débordait dans les caves, un gibet qui pendit son propre bâtisseur, une place d’exécution devenue parvis de mairie. Les archives suffisent.

En bref

Pour Halloween à Paris, laissez les fantômes aux boutiques de déguisements : la ville offre six millions de squelettes authentiques aux Catacombes, l’emplacement du gibet de Montfaucon, la mémoire de la place de Grève et la vraie histoire de la Peste noire. Réservez les Catacombes tôt, gardez les enfants côté citrouilles, et souvenez-vous de la règle locale : à Paris, le frisson est historiquement exact.

Et si vous y étiez ? Voyagez dans le temps à Paris. Voir les expériences

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