Histoire de Paris

Où était la Lutèce gauloise ? Le mur découvert sous l'Hôtel-Dieu relance l'origine de Paris

Statère d'or des Parisii, monnaie gauloise au cheval stylisé, Bibliothèque nationale de France

La nouvelle est tombée le 23 septembre 2026, et Le Parisien l’a titrée comme nous n’aurions pas osé : « C’est l’origine de Paris ». Sous les cours de l’Hôtel-Dieu, sur l’île de la Cité, des archéologues ont mis au jour un mur de pierre et de bois d’une vingtaine de mètres, bâti à la manière des fortifications gauloises et marqué par un violent incendie. Si l’hypothèse qu’ils privilégient se confirme, c’est le rempart de la Lutèce des Parisii, celle que César décrit et que personne n’avait jamais vue. Voici ce qui a été trouvé, pourquoi cela compte, et ce qui reste à prouver.

Ce que dit la découverte, au 24 septembre 2026 : sous l’Hôtel-Dieu, un mur gaulois conservé sur environ 20 mètres, en pierre et poutres horizontales, daté par le carbone 14 entre 200 et 10 avant notre ère, adossé à une plateforme de sables et graviers de 2 mètres d’épaisseur, brûlé, avec un fer de lance gaulois à son pied. Les archéologues y voient très probablement un élément du rempart de l’oppidum des Parisii, incendié à l’approche des légions romaines en 52 avant notre ère. Ce serait la première preuve matérielle que la Lutèce gauloise se trouvait bien sur l’île de la Cité, et non à Nanterre. Une fouille complémentaire doit encore le confirmer.

Un débat vieux de vingt ans : île de la Cité ou Nanterre ?

Tout part de César. En 53 avant notre ère, il transfère l’assemblée des Gaulois « à Lutèce, chez les Parisii » ; l’année suivante, son lieutenant Labienus marche sur la ville, « l’oppidum des Parisii, situé dans une île de la Seine », et les Gaulois, plutôt que de la lui livrer, « ordonnent d’incendier Lutèce et de couper ses ponts ». Une île, des ponts, un incendie : pendant des siècles, on a lu l’île de la Cité dans ces lignes de la Guerre des Gaules, et l’histoire de Paris commençait là.

Le problème, c’est que le sol de l’île, remanié sans relâche depuis deux mille ans, n’avait presque jamais livré de vestige gaulois. Et dans les années 1990, puis en 2003, les fouilles préventives menées à Nanterre, dans une boucle de la Seine, ont révélé une vaste agglomération gauloise de la fin de l’âge du Fer. Assez vaste pour que des archéologues de l’Inrap posent la question : et si Nanterre avait été la capitale des Parisii ? L’île de la Cité, dans cette lecture, n’aurait pris de l’importance qu’avec Rome. Depuis, deux Lutèce se disputaient l’origine de Paris, et il manquait une pierre pour trancher.

Ce que les archéologues ont trouvé sous l’Hôtel-Dieu

La cour intérieure de l'Hôtel-Dieu de Paris, galeries à arcades sur deux niveaux, photographie

Les cours de l’Hôtel-Dieu, fouillées depuis février 2026 en préalable à la restructuration de l’hôpital. Photo Jeanne Menjoulet, CC BY 2.0.

Depuis février 2026, en amont de la restructuration de l’hôpital, une équipe du service archéologique de la Ville de Paris (DHAAP), dirigée par David Couturier, fouille les sous-sols des cours de l’Hôtel-Dieu avec le concours de l’Inrap, sous le contrôle de la DRAC Île-de-France. À l’été, le mur est apparu : de gros blocs et un système de poutres croisées, une architecture qui, selon Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice du patrimoine au service régional de l’archéologie, a très vite évoqué une construction de tradition gauloise, typique des oppida de la fin de l’âge du Fer.

Le reste du dossier s’est construit pièce par pièce. Le bois a été daté par le carbone 14 entre 200 et 10 avant notre ère. Derrière le mur, une plateforme artificielle de sables et de graviers, épaisse de deux mètres, signe une fortification et non un simple bâtiment. Le parement porte des traces de combustion, les blocs et les bois sont calcinés, et l’on a retrouvé à ses abords des graines carbonisées, les restes d’un bâtiment de bois brûlé et un fer de lance gaulois. Un rempart, un incendie, une arme : difficile de ne pas penser à 52 avant notre ère. À la mi-septembre, la Commission territoriale de la recherche archéologique a qualifié la découverte d’importance exceptionnelle, et la ministre de la Culture parle de l’un des vestiges les plus importants jamais mis au jour pour comprendre la Lutèce gauloise.

Ce qui est prouvé, et ce qui reste une hypothèse

C’est ici que nous tenons à être précis, parce que c’est notre métier. Ce qui est établi : un mur de tradition gauloise, daté de la fin de l’âge du Fer, fortifié et incendié, sur l’île de la Cité. Ce qui est une hypothèse, privilégiée mais pas encore démontrée : que ce mur soit le rempart de l’oppidum décrit par César, et que l’incendie soit celui de 52. La fourchette du carbone 14 couvre deux siècles, et c’est l’ensemble des indices, non une date, qui pointe vers l’année de Labienus. Le communiqué officiel le dit avec les mots de la prudence scientifique, et la DRAC a prescrit une fouille complémentaire.

C’est exactement le genre d’écart que nous apprenons à respecter dans nos reconstitutions : entre savoir qu’une chose existait et savoir précisément ce qu’elle était, il y a le travail des archéologues, et il n’est pas fini. Nous en parlions à propos des salles disparues qu’on renonce à reconstituer faute de sources : la Lutèce gauloise en était l’exemple parfait. Elle vient peut-être de changer de catégorie.

Ce que cela change pour l’origine de Paris

Lutèce gallo-romaine reconstituée en réalité virtuelle, forum et voies antiques, image Timescope

Lutèce gallo-romaine, telle que Les Origines de Paris la font resurgir sur les berges de la Seine.

Si la fouille complémentaire confirme l’hypothèse, Paris retrouve une continuité que les manuels affirmaient sans pouvoir la prouver : l’oppidum gaulois, la Lutèce romaine, la Cité médiévale et la ville d’aujourd’hui, au même endroit, sur la même île. Nanterre resterait une agglomération majeure des Parisii, mais l’origine de la capitale, au sens propre, serait bien là où l’on marche en sortant de Notre-Dame. Et pour la première fois, cette Lutèce gauloise aurait un objet à montrer : le communiqué annonce déjà un moulage et une reconstitution partielle du mur, avec des pierres d’origine, en vue d’une présentation au public, ainsi qu’une documentation numérique par photogrammétrie.

Pour nous, c’est une bonne nouvelle. Dans Les Origines de Paris, le voyage commence sur les berges, en amont de l’île de la Cité : de ce point de vue, un rempart gaulois sur l’île n’aurait de toute façon pas été visible. Ce que nos visiteurs voient resurgir, ce sont les Parisii sur leurs barques, sur le fleuve qui faisait leur puissance, et c’est précisément ce que la découverte conforte : un peuple de la Seine, établi sur ses îles et ses rives, à l’endroit même où Paris allait naître.

Où voir les origines de Paris aujourd’hui

  • La crypte archéologique de l’île de la Cité, sous le parvis de Notre-Dame, où affleurent le rempart du Bas-Empire, les quais antiques et les fondations de la ville romaine, à deux cents mètres de la découverte. Notre article sur le Paris souterrain en fait le tour.
  • Les monnaies d’or des Parisii, comme le statère au cheval en couverture de cet article, conservées à la Bibliothèque nationale de France : l’art du peuple qui donnera son nom à la ville.
  • Les berges de la Seine, face à l’île, où Les Origines de Paris font apparaître Lutèce à travers nos Jumelles de réalité virtuelle, exactement là où elle se trouvait.

Les questions qu’on nous pose

Où était Lutèce ? La Lutèce romaine, on la connaît bien : sur la rive gauche, autour de la montagne Sainte-Geneviève, avec ses thermes, son forum et ses arènes, et un quartier sur l’île de la Cité. La Lutèce gauloise des Parisii était jusqu’ici introuvable ; la découverte de l’Hôtel-Dieu suggère fortement qu’elle se trouvait sur l’île, comme l’écrit César.

Qui étaient les Parisii ? Un peuple gaulois installé dans l’actuelle Île-de-France, riche au point de frapper de superbes monnaies d’or, rallié à Vercingétorix en 52 avant notre ère. Ils ont donné leur nom à la ville : Lutèce est devenue Paris au Bas-Empire.

Peut-on voir le mur ? Pas encore : la fouille se poursuit dans une emprise d’hôpital et le vestige, fragilisé par l’incendie, sera démonté. Un moulage et une reconstitution partielle avec des pierres d’origine sont prévus pour une présentation muséale, et une restitution 3D est en cours.

En bref

Sous l’Hôtel-Dieu, un rempart gaulois de vingt mètres, daté de la fin de l’âge du Fer et incendié, vient de donner à la Lutèce des Parisii ce qui lui manquait depuis toujours : une preuve matérielle sur l’île de la Cité. L’hypothèse du rempart de 52 avant notre ère est privilégiée, pas encore démontrée, et une fouille complémentaire doit trancher. Si elle confirme, l’origine de Paris est bien là où on l’a toujours racontée, et cette fois avec une pierre pour le prouver.

Sources

Et si vous y étiez ? Voyagez dans le temps à Paris. Voir les expériences

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