Tout commence sur le Champ-de-Mars
Raconter la naissance du Symbole de Paris passe par une première étape : poser le décor. D'autant que le Champ-de-Mars - où se joue cette expérience immersive de voyage dans le temps - est un lieu chargé d'Histoire. Dans ce kit pédagogique, nous retraçons chaque capsule immersive pour vous permettre d'approfondir ce que vous avez découvert lors de votre expérience.
LA BATAILLE ORIGINELLE
Bien avant l’apparition de la Tour Eiffel, le lieu où elle s’élève aujourd’hui est une vaste plaine située à l’extérieur de la ville. Dans l’Antiquité, cette zone appartient au territoire des Parisii , un peuple gaulois installé autour de la Seine. Au I er siècle avant notre ère, la région devient un enjeu stratégique lors de la conquête romaine de la Gaule. Relatée dans La Guerre des Gaules , une bataille fondatrice oppose ainsi Camulogène, un valeureux chef gaulois appelé par les Parisii , et Labienus, lieutenant de Jules César. La victoire romaine ouvre la voie à l’installation durable de la ville gallo-romaine, Lutèce, qui donnera naissance à Paris.
Statue de Camulogène, par le sculpteur Eugène-Louis Lequesne (1815-1887) au Palais des Beaux-Arts de Lille (France) Photographie ©Arnaud Lafournoux
Détail d'un des carnyx retrouvés en pièces en 2004 sur le site de Tintignac (Corrèze). Il représente une tête de sanglier stylisée. En 2012, une équipe d’acousticiens a analysé et réussi à reproduire la sonorité grave du carnyx, cette trompe gauloise qui effrayait leurs ennemis. © INRAP
Monnaie gauloise, Statère des Parisii, I er siècle av. J.-C. Musée Carnavalet
Le saviez-vous ? Avant de prendre ce nom, le Champ-de-Mars était nommé "plaine de Grenelle" ou "marais de la Grenouillère, en raison de son humidité. Le nom "Grenelle" viendrait du latin garanella , qui signifie « terrain sablonneux ». Le secteur était régulièrement inondé par la Seine.
le champ-de-mars
Un immense complexe militaire.
Au XVIIIᵉ siècle, la plaine change radicalement de fonction.Le roi Louis XV décide de créer une grande école destinée à former les officiers de l’armée royale : l’École militaire. Les travaux commencent en 1751 sous la direction de l’architecte Ange-Jacques Gabriel, qui est également l’auteur de la place de la Concorde. Depuis le XVIIᵉ siècle, l’Hôtel des Invalides accueille déjà les soldats blessés ou trop âgés pour continuer le service. Avec l’École militaire, Louis XV imagine compléter ce dispositif : d’un côté, les anciens soldats, gardiens de l’expérience et de la mémoire militaire ; de l’autre, les jeunes cadets, qui viennent apprendre le métier des armes.
Le projet initial prévoyait ainsi de relier symboliquement ces deux institutions par un vaste axe urbain traversant la plaine de Grenelle. Plan de l'École Militaire par Georges Louis Le Rouge, 1752, Musée Carnavalet
Le programme architectural initial est donc largement simplifié. Seul le bâtiment principal de l’École militaire est finalement construit. Ange-Jacques Gabriel, Veüe de l’Ecole royale militaire dédiée à Monsieur le marquis de Marigny , 1751, ©BNF
Uniformes de l'armée française de 1700 à 1785
Ce projet ambitieux se heurte rapidement à une réalité plus prosaïque : le manque de moyens financiers. La guerre de Sept Ans (1756-1763) pèse lourdement sur les finances de la monarchie, et les travaux doivent être fortement réduits. Départ des troupes militaires, Jean-Louis Prieur, @Musée Carnavelet
Lorsque l’École militaire ouvre ses portes en 1756, elle accueille principalement des jeunes nobles sans fortune, que la monarchie souhaite former pour servir comme officiers dans l’armée royale. Parmi les élèves les plus célèbres figure Napoléon Bonaparte, admis en 1784 à l’âge de 15 ans. Bonaparte, lieutenant-colonel au 1er bataillon de la Corse en 1792 par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux ©Arnaudet ; J. Schormans ; Réunion des musées nationaux
LA FÊTE DE LA FÉDÉRATION
On croit souvent que la fête nationale française vient de la prise de la Bastille... Mais plus précisément, le choix de cette date vient d'une immense cérémonie ayant eu lieu un an après le 14 juillet 1789 : la Fête de la Fédération. Il s'agit effectivement de célébrer le premier anniversaire de la Révolution française. Pendant plusieurs semaines, des milliers de Parisiens viennent eux-mêmes aménager le terrain. Ils creusent des gradins et construisent un immense autel de la Patrie. Le jour de la fête, près de 500 000 personnes assistent à la cérémonie. La scène est spectaculaire : le roi Louis XVI prête serment à la Constitution devant la foule, aux côtés des représentants du peuple et de Lafayette, Mirabeau et Robespierre. Voir un extrait du film La Révolution - Les Années lumière de Roberto Enrico
Mise en scène des nations
Au XIXᵉ siècle, les grandes puissances industrielles entrent dans une nouvelle forme de compétition : celle du progrès technique et scientifique. Pour démontrer leur avance, elles organisent des événements spectaculaires : les expositions universelles, véritables vitrines du monde moderne. La première se tient à Londres en 1851, dans un bâtiment extraordinaire, le Crystal Palace , immense structure de verre et de métal construite spécialement pour l’occasion, mais conçue pour être éphémère.
Centennial Tower , de Clarke et Reeves, 1876, Philadelphie Il s'agit du projet d'une tour de 300m le plus abouti. Elle devait célébrer l'Indépendance des États-Unis mais ne fut jamais construite faute de finances.
Projet de la Glass Tower, de Charles Burton, 1851 Composée en réutilisant le verre et la structure métallique du Crystal Palace, Londres. De nombreux projets de tours de mille pied ont été échafaudés sans jamais être réalisés.
L'ADVERSAIRE
En 1884, l'État lance un concours pour l’Exposition universelle de 1889, destinée à célébrer le centenaire de la Révolution française : il commande la construction d'une tour de mille pied (300 m) qui doit impressionner le monde entier ! Cela donne lieu à une rivalité emblématique entre deux visions opposées. D’un côté, l’ingénieur Gustave Eiffel et sa tour métallique, fondée sur les innovations de ses équipes ; de l’autre, l’architecte Jules Bourdais, qui propose une monumentale « Colonne Soleil » en pierre surmontée d’un phare géant. Ce duel oppose tradition et modernité, esthétique classique et audace industrielle. Eiffel et Bourdais sont tous les deux déjà reconnus : l'un pour son usage révolutionnaire du fer mis à profit dans des ponts, des gares aux dimensions vertigineuses ; l'autre est très admiré pour le Palais du Trocadéro, construit pour l'Exposition Universelle de 1878.
La Statue de la Liberté, en plein Paris Au début des années 1880, la statue de la rue de Chazelles est la plus grande attraction du très calme quartier de la Plaine-Monceau. Elle dépasse d’une cinquantaine de mètres du bâtiment et devient par la même occasion le plus haut monument de Paris.
La source qui nous a inspiré la modélisation 3D © Musée Carnavalet, Histoire de Paris
le chantier du siècle
La construction de la Tour Eiffel : 2 ans, 2 mois et 5 jours
Le chantier de la Tour Eiffel fut un véritable exploit de préfabrication : ses 18 038 pièces métalliques furent usinées à Levallois-Perret au dixième de millimètre près, rendant toute retouche sur place inutile. Pour asseoir les fondations côté Seine, les ouvriers durent travailler sous l'eau à l'aide de caissons étanches à air comprimé. L'assemblage global de l'édifice s'est fait grâce à 2,5 millions de rivets posés à chaud, dont la rétractation au refroidissement garantissait un serrage surpuissant de la structure. Enfin, le levage des composants fut assuré par d'ingénieuses grues rampantes glissant directement sur les rails des futurs ascenseurs, permettant d'achever ce puzzle géant en un temps record d'un peu plus de deux ans.
Extrait de l'expérience au moment de la construction de la Tour. La jonction des pilliers fut un moment crucial, où tout le monde a retenu son souffle.
Début du chantier de la Tour Eiffel.
LA CONSÉCRATION
Le 31 mars 1889, l'inauguration de la Tour Eiffel fut marquée par une ascension plutôt physique : les ascenseurs n'étant pas encore opérationnels, Gustave Eiffel et les officiels durent gravir à pied les 1 710 marches menant au sommet. Après près d'une heure d'effort, à 13h30, l'ingénieur hissa un grand drapeau tricolore à plus de 300 mètres d'altitude, un exploit immédiatement salué par une salve de 21 coups de canon tirée depuis l'édifice et par un toast au champagne. Ce succès symbolique, couronnant l'achèvement du plus haut monument du monde de l'époque, fit définitivement taire les critiques
Sauver la Tour Eiffel
Au sein de l'expérience du Symbole de Paris , nous allons au-delà de l'exposition universelle pour raconter le moment où la Tour Eiffel se retrouve passée de mode. Quelques centaines de milliers de visiteurs seulement au début du XXe siècle, contre 2 millions lors des 6 mois de l'exposition. Il faut sauver la Tour, promise à la déconstruction.
Extrait de l'expérience, quand la Tour tombe en désuétude.
Extrait de l'expérience. Gustave Eiffel se fait construire un appartement au dernier étage et entame des expériences scientifiques.
sauvée par la science !
Promise à la démolition en 1909 au terme de sa concession initiale de 20 ans, la Tour Eiffel fut sauvée in extremis par la télégraphie sans fil (TSF). Pour prouver l'utilité pérenne de son édifice, Gustave Eiffel encouragea les expérimentations scientifiques, aboutissant dès 1898 à une première liaison radio réussie de 4 kilomètres avec le Panthéon. En 1903, il soutint financièrement le capitaine Gustave Ferrié pour y installer une station militaire, transformant la Tour en une antenne géante stratégique. Son rôle devint très vite indispensable pour la Défense nationale : en 1913, ses signaux radios portaient jusqu'à 6 000 kilomètres, permettant de communiquer avec l'Amérique et les navires en mer. Face à ce succès technologique majeur, les autorités décidèrent le 1er janvier 1910 de renouveler la concession du monument pour 70 ans, le préservant définitivement de la destruction.
Le capitaine Gustave (lui aussi !) Ferrié, sans qui la Tour Eiffel n'existerait peut-être plus aujourd'hui.
Fonds d’Ernest Roger (1864-1943). Photo prise au sommet de la tour Eiffel lors de la première liaison radioélectrique réalisée le 5 novembre 1898, 18 x 23,5 cm (détail).
l'égérie
La Tour Eiffel entre dans le cœur des Français
Au cours des années folles, la Tour Eiffel reprend des couleurs , et devient une icône représentée de nombreuses fois. Elle est visible de partout, on parle d'elle, et les publicitaires s'emparent de cette forme reconnaissable aisément.
De 1925 à 1934, la Tour Eiffel s'est transformée en un gigantesque panneau publicitaire lumineux pour la marque automobile Citroën, un exploit enregistré dans le livre Guinness des records. Cette installation monumentale a nécessité 250 000 ampoules et 600 kilomètres de câbles électriques pour former les sept lettres du nom, chacune mesurant près de 30 mètres de haut. Visible à une distance de 40 kilomètres, cette illumination hors normes a dominé le ciel parisien pendant près d'une décennie avant d'être démontée en raison de son coût exorbitant
LA RÉSISTANTE
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les câbles des ascenseurs furent intentionnellement sectionnés par les Français pour forcer Hitler à monter à pied, et l'édifice échappa de justesse à la destruction en 1944 grâce au refus du général allemand von Choltitz d'obéir aux ordres. Ayant survécu à ces tumultes, la « Dame de fer » est devenue le monument payant le plus visité au monde, attirant aujourd'hui près de 7 millions de visiteurs chaque année, dont environ 75 % d'étrangers. Érigée au rang de symbole national incontournable, sa pérennité exige un entretien minutieux, impliquant notamment l'application de 60 tonnes de peinture tous les sept ans pour la protéger de la corrosion.